Elle travaille

Un pays, l'Algérie. Des femmes, qui travaillent.
Malgré les pressions, sociales et religieuses.
Malgré le harcèlement, les inégalités de salaires.

Bardée de diplômes ou agricultrice,

l'Algérienne souhaite simplement être indépendante,
s'évader de son éternel statut de mineure.
Elle est la voix d'un peuple qui en a marre
de ses dirigeants, corrompus et soumis à l'armée.

Mélinée et Carole, cinéaste et journaliste.

Deux regards pour un seul projet.
Un web-documentaire retraçant portraits et regards d'Algériennes.
"Elle travaille" vous fera partager leurs malheurs,
leurs espoirs, leurs combats.

Nous vous proposons de suivre notre projet,

de la pré-enquête au bouclage.
De la course aux financements au voyage.
Nous attendons vos commentaires et questions.


jeudi 18 mars 2010

"Elles en ont ras le bol". Entretien avec Nassira Ghozlane, syndicaliste

Nassira Ghozlane est secrétaire générale du SNAPAP (Syndicat autonome de l'administration publique) et membre du Comité femmes de ce syndicat. Elle a accepté de répondre à mes questions, après une nuit blanche passée aux côtés d'une fonctionnaire en grève de la faim. 


En quoi consiste le Comité femmes du SNAPAP ? 
Le Comité femmes a été créé en 2003 pour la défense des droits des femmes travailleuses. Pour les protéger aussi et surtout du harcèlement. 50 000 femmes y sont syndiquées dans tous les secteurs du public.

Quelles sont vos revendications ? 
Tout d'abord, l'égalité des chances, ce sont toujours les hommes qui sont au premier rang. Malgré un bagage d'études important, les femmes se retrouvent toujours derrière.
Ensuite, on milite pour les questions de congé maternité. Celui-ci est considéré comme un congé maladie. Si une femme rentre à l'hôpital au 7ème mois de grossesse, son congé expire au bout de 3 mois. Elle est obligée de reprendre le travail quasiment tout de suite, ce n'est pas normal.
Enfin, nous nous battons pour le statut de l'emploi des femmes. Elles sont recrutées comme contractuelles et n'ont pas accès à des CDI. Leur salaire ne dépasse pas le SMIG même pour les médecins urgentistes, c'est à dire 15 000 dinars ( 98 dinars = 1 euro, soit 152 euros). Pour les femmes cadres, leur salaire est de 12 000 dinars. Leur contrat expire au bout de la deuxième année. On ne leur propose un autre contrat qu'à 3 000 dinars. La plupart acceptent car elles n'ont pas le choix.

Pourquoi une telle situation ? 
Nous pensons que c'est une véritable stratégie du système pour laisser les gens mourir de faim. Cela touche directement les femmes car elles constituent la majeure partie de la fonction publique. Très peu d'hommes travaillent avec ce salaire car ils ont le choix de travailler partout.

Comment réagissent les femmes ? 
Elles en ont ras le bol. Début mars, les médecins femmes ont manifesté. Elles étaient plus de 1000 dans la rue. Nos dirigeants sont arrivés par la force, c'est la force des femmes qui va changer cette politique. Les hommes croient au changement par la femme, car quand la femme s'engage, elle est capable de prendre tous les risques. 

Quelle est la marge de manœuvre des syndiquées ?
Elle est faible. Les femmes syndiquées au niveau local sont harcelées, c'est flagrant. Elles sont suspendues, emprisonnées sur ordre du chef du département. A Oran, la chef de section a été emprisonnée une semaine alors qu'elle avait un bébé de 4 mois. Ils voulaient déstabiliser la base mais elle a résisté.

Que faîtes-vous pour combattre ces problèmes ? 
Dans les multinationales, on trouve énormément de femmes harcelées sexuellement. On a leur témoignage. Le comité va débuter une campagne de sensibilisation en mars. Là bas, les femmes n'ont pas le choix ; elles dénoncent cet harcèlement mais ont besoin d'aller travailler.  
C'est difficile d'agir car dans ces zones industrielles et désertiques, il faut un laisser-passer pour entrer. Il faut travailler sur place pour voir ce qui s'y passe. On va déposer plainte à la cour de La Haye. 

Aucun commentaire: